Communication de vie

« Je préfère allumer une bougie que de maudire les ténèbres »

 

Nous vivons une situation  à l’issue ouverte…

Octobre, 2017 | Auteur Ignacio Gonzalez (voir blog espagnol)

J’avoue que j’ai vécu l’événement catalan de ces jours  avec grande préoccupation, jusqu’à l’avoir ressenti physiquement, au niveau du sommeil et de la digestion. Ce qui était « un moment historique » attendu  est passé de mode  en quelque minutes. Je ne sais pas si c’était un compte rendu écrit à l’avance ou un plan stratégique comme on a l’habitude de dire, cela ressemblait à  un film dont on ne connaît pas la fin. Une fois que la loi semble imposée et  que le délire virtuel est arrivé au sommet souhaité, je reconnais qu’il reste une porte ouverte, qui ne va se terminer qu’avec les élections et être tout au plus  une accalmie ou une trêve. Aujourd’hui, nous nous trouvons devant un phénomène assez universel, au moins dans la société occidentale, ce qui n’est pas un simple fait isolé. Je le définis comme la recherche d’identité et de sécurité face à  un monde globalisé, sécularisé, multi culturel et plurireligieux.

 

Hier, après la déclaration unilatérale de la République Catalane, je voyais le visage de certains gouvernants et membres du congrès qui ne reflètaient ni la joie ni la gaité qui correspondent au moment vécu,  c’étaient des demi-sourires, peut-être pensaient-ils au moment suivant la proclamation. Curieusement les plus souriants et les sautillants faisaient partie du groupe le plus radical, donc pour eux ce moment était le moment auquel ils aspiraient le “plus”. Et je m’interroge : Où était le peuple de Catalogne?

 

Ce qui réellement m’a touché,  ce furent les manifestations de certaines personnes plus âgées, simples, hommes et femmes qui, en larmes, disaient: “Dans ces moments, je me souviens de mes aïeux, de ce qu’ils auraient ressenti s’ils avaient pu être ici à ce moment de la déclaration…”. Cela m’a affecté profondément, et m’ébranla vraiment. Je percevais qu’ils vivaient une expérience extraordinaire, presque religieuse. Mais rapidement a surgi cette question : comment est-ce possible que des personnes  d’un certain âge puissent se sentir ainsi devant une simple déclaration d’indépendance?  Je ne le comprends pas, peut-être, puis-je le comprendre chez les jeunes qui se laissent porter par le récit d’un pays de rêve, plus libre, plus juste et solidaire, surtout dans une société où il y a tant de corruption, où il manque du travail, d’utopies…

Alors, je me suis souvenu de la fameuse phrase de Chesterton: “ Quand on cesse de croire en Dieu, aussitôt, on croit à n’importe quoi”. Certainement dans la société européenne,  depuis un certain temps, surgissent des termes en “ismes”, qui ont un certain caractère absolu surtout affectif, avec peu de raisonnement, comme le consumisme, le populisme, le nationalisme, légalisme, l’indépendantisme… Ce sont des idolâtries quand elles se convertissent en quelque chose de déterminant, d’absolu et excluant dans les vies des personnes et surtout quand les autres sont la cause et la faute de tout.

Il est vrai qu’ en Europe spécialement, on a cessé de croire en Dieu ou plutôt on a cessé de croire à une certaine image de Dieu, à laquelle, moi, je ne crois pas non plus, elle ne m’anime pas, ni ne me fait bouger : un dieu distant, lointain qui interdit, sans plus, ce qui en plus ne plaît pas ni n’attire pas; qui nous oblige à des rites que beaucoup voient comme quelque chose vide de sens et sans vie.

… Mais j’avoue que, comme croyant et comme prêtre, je n’ai pas proposé  un témoignage clair de l’image de Dieu que nous offre Jésus dans l’évangile. Je dois reconnaître que je peux dire peu de choses de Dieu même si j’ai étudié beaucoup  la théologie. Le Dieu qui donne sens à ma vie, c’est celui par lequel je me sens aimé et qui m’invite à accompagner l’autre dans l’ amour. Cette expérience m’aide à découvrir le monde comme une réalité ouverte et mystérieuse, la Maison Commune de tous les êtres, dans laquelle je me sens convié à découvrir, à respecter et à intégrer. Il m’invite à m’ouvrir à ma propre responsabilité comme sujet, comme personne, en assumant la tâche de me réaliser en liberté, conscient qu’Il m’accompagne. Il me stimule à vivre l’expérience d’une fraternité et de solidarité qui est gratuite et transparente, non seulement économique et juridique, qui intègre les diversités comme une richesse voulue par Dieu…

C’est pourquoi, je considère comme une opportunité, comme une issue ouverte, comme une espérance, la situation inédite dans laquelle se trouvent les Espagnols. Je ne ressens pas la situation comme lointaine et distante puisque ma condition humaine animée par ma foi chrétienne me pousse à m’impliquer davantage dans le processus d’humanisation dans lequel je suis engagé.

Nacho

 

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